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jeudi 3 novembre 2011

Get up, I feel like being a ...


Nous sommes en 1983 et pour de nombreux jeunes français les minutes s'écoulent lentement devant le téléviseur familial pendant que défilent sur le plateau de Michel Drucker les pires ringards du showbiz français (de "véritables variétés verdâtres" aurait dit Nino Ferrer). Le supplice de l'émission destinée aux parents s'achève enfin , et la deuxième partie de soirée démarre avec les tant attendus "Enfants du rock". Au milieu de la programmation va débarquer une fois par mois un véritable OVNI : "Sex Machine" est l’œuvre des deux compères ayant déjà secoué les kiosques à journaux depuis le milieu des années 70 avec le génial "Métal Hurlant", Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manoeuvre. Passionnés par le funk, la soul et le rap balbutiant, ils offrent enfin une tribune à ces genres musicaux totalement absents jusque là des chaines hertziennes, et font découvrir des artistes comme Prince ou Michael Jackson à un large public.

Entre deux clips ou prestations pseudo-live (le playback règne encore en roi à la télévision), on retrouve Dionnet et Manoeuvre aux prises avec Phify, intraitable videur d'une boite de nuit en forme de terre promise où l'on écoute "le nouveau tube de Marvin Gaye" entouré de jolies filles... Humour potache, érotisme très soft et musique au top de la branchitude eighties : la formule fera mouche pendant trois ans avant de s'arrêter brusquement pour des raisons pas totalement expliquées sur les bonus du DVD.

Car, oui, chose encore impensable il y a peu, "Sex Machine" débarque en triple DVD, véritable madeleine de Proust pour les quadras ayant vécu en direct cette période d'explosion du clip comme principal vecteur de promotion de la musique. Loin d'être une intégrale, ce condensé fait l'impasse sur certains passages mythiques, sans doute pour des questions de droits (l'infâme reprise de James Brown par un Bernard Lavilliers costumé façon "Purple Rain" est bien présente, hélas). Les interviews nous rappellent fort justement l'aspect précurseur d'une émission dont on retrouvera ensuite un peu l'esprit sur une certaine chaine cryptée ...

vendredi 19 novembre 2010

The lives of Charles Douglas

C'est l'histoire d'un jeune fan du Velvet Underground un peu borderline mentalement qui entretient une correspondance avec la légendaire Moe Tucker et la convainc de produire son premier album. L'objet est publié en 1997 dans l'indifférence générale et après quelques autres albums tout aussi confidentiels le dénommé Charles Douglas entame une carrière de romancier. 13 ans plus tard, The lives of Charles Douglas sort de l'oubli grâce à l'opiniâtreté du label Broken Horse Records et les amateurs de rock lo-fi découvrent avec stupéfaction ce qui a en tout point l'apparence d'un petit classique. Dès l'ébouriffant Summertime il est évident que l'on tient là quelque chose de spécial, Douglas faisant preuve d'un énorme talent de mélodiste derrière ses airs de slacker désabusé ayant trop écouté Lou Reed en ingérant des substances douteuses. Ce n'est ni le premier ni le dernier album déroulant ainsi des tranches de vie de loser fâché avec la société sur fond d'indie rock minimaliste, mais la sincérité qui s'en dégage va droit au cœur et son refus des modes en vigueur au moment de son enregistrement joue aujourd'hui en sa faveur, lui conférant un côté assez intemporel. Il y a parfois une justice en ce bas monde et s'il n'a pas trouvé sa place dans les bacs des disquaires à la fin des années 90 (quand ce genre de choses existaient encore), The lives of Charles Douglas devrait sans doute toucher un auditoire beaucoup plus large en 2010. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

http://www.brokenhorse.co.uk/

dimanche 25 juillet 2010

Bootleg, le livre

Les bootlegs, ou disques pirates, représentèrent pendant plusieurs décennies une véritable économie parallèle, une sorte de pendant obscur de l'industrie du disque, impliquant tout un tas de personnalités plus ou moins douteuses proposant sous le manteau aux fans de musique des enregistrements live ou des inédits de leurs groupes préférés, parfois à des prix honteusement élevés. Nombre d'artistes importants ont ainsi, en marge de leur discographie officielle, une autre plus officieuse recélant parfois des pépites inaccessibles au grand public, contribuant à entretenir leur mythe au même titre que des albums reconnus.

Alain Gaschet, qui commercialisa des bootlegs pendant des années dans l'illégalité la plus totale avant d'être rattrapé par la justice, lève un pan du voile sur cet univers mystérieux dans un livre (1) et répond à des questions que se sont posés bien des collectionneurs : d'où proviennent ces enregistrements, parfois supérieurs à ceux proposés par les maisons de disques ayant pignon sur rue ? Comment sont fabriqués ces disques ? Par quel tour de passe passe se sont-ils retrouvés en tête de gondole de certaines grandes chaines de magasins au milieu des années 90, avant que ne s'abattent les poursuites juridiques ? Bref, comme le dirait la voix off mélodramatique d'une émission de reportages sur M6 : à qui profite le business des bootlegs ?

Un business aujourd'hui moribond, en partie à cause de la répression orchestrée par les majors lassées de voir des petits malins se faire de l'argent sur leur dos, mais aussi et surtout à cause d'internet : les fans s'échangent aujourd'hui leurs rares et précieux enregistrements sur des sites spécialisés, toujours dans l'illégalité, mais gratuitement et sans engraisser des bootlegers généralement plus attirés par l'appât du gain que par l'amour de la musique.

Une lecture qui intéressera sans doute de nombreux mélomanes nostalgiques du petit parfum d'interdit qui accompagnait la traque parfois épique de tel ou tel bootleg tant convoité.

(1) "Bootleg, les flibustiers du disque" Alain Gaschet, éditions Florent Massot

mardi 20 juillet 2010

Raw Power returns

Le regain d'intérêt pour le support vinyl n'a pas que des bons côtés : entre la côte de l'occasion qui flambe et les bacs envahis de rééditions à la qualité souvent douteuse, l'amateur de galettes à l'ancienne à parfois quelques raisons de céder au découragement. Heureusement certains labels proposent des pressages neufs de qualité, comme les hollandais de Music On Vinyl qui ressortent avec un soin constant de nombreux titres du catalogue Sony / Columbia. Parmi leurs derniers faits d'armes, les versions remasterisées des albums de Jimi Hendrix, ou un superbe double vinyl coloré d'Alice In Chains. Ces dernières semaines ont vu la parution d'une édition sur deux disques de Raw Power, suivant de près la version CD deluxe de l'album mythique des Stooges.
Contrairement à cette dernière, l'édition Music On Vinyl fait l'impasse sur les bonus et le live, mais propose en revanche les deux versions de Raw Power, soit le controversé mix d'origine supervisé par David Bowie, et le non moins controversé remix réalisé dans les années 90 par Iggy Pop.
L'occasion de constater que la version Bowie longtemps décriée par les puristes et les Stooges eux-mêmes subit mieux l'épreuve du temps que la version Iggy; fortement compressée et fatigante à l'écoute en CD, celle-ci sonne à peine mieux en vinyl, support réputé plus "chaleureux" mais qui n'accomplit pas ici de miracle. En tout cas la qualité du pressage est impeccable et la somptueuse pochette ouvrante contient un agréable livret grand format, de quoi justifier un prix de vente un peu élevé, mais de toute façon plus raisonnable qu'un album d'époque qui vous coutera fatalement un bras si vous partez à sa recherche sur eBay.Photos : Les Stooges à l'Olympia, 07/07/2010 (C) GH