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dimanche 29 janvier 2012

D'Angelo, Le Zénith, 29 janvier 2012


Pendant longtemps on a cru que D’Angelo avait rejoint la triste liste des génies cramés de la soul music, aux côtés de Sly Stone et Shuggie Otis, trajectoires fulgurantes brisées par les addictions ou les problèmes personnels divers. Jusqu’à la dernière minute, jusqu’aux première notes résonnant dans un Zénith bondé plongé dans l’obscurité, le retour scénique de celui qui avait suscité tous les espoirs au début des années 2000 apparaissait comme une chimère, un rêve impossible pour des fans ayant depuis longtemps perdu la foi.

Pourtant c’est bien lui qui apparait sur scène, massif, souriant, guitare à la main, prêt à projeter la salle dans une transe funk. Il paraît vite évident que D’Angelo n’a pas choisi la voie du comeback facile et lucratif en caressant dans le sens du poil un public venu chercher sa dose de néo-soul. En douze ans d’absence discographique, D. a visiblement eu le temps d’aller fouiller du côté du rock, du Funkadelic des débuts. Le groupe part dans une longue jam qui fait grincer des dents certains spectateurs. Et il faut avouer que l'on se serait volontiers passé d’un interminable solo de synthés dont même un Vangelis aviné n’aurait pas voulu dans les années 80.

Alors que l’on croit l’ambiance définitivement plombée, revoici D., seul au piano, et la magie opère de nouveau, et l’on se souvient de ce qui nous a tant plu chez le bonhomme, talent monstrueux, voix et charisme intacts.

Les nouveaux titres dévoilés se révèlent d'excellente facture, en particulier « The Charade » sonnant quasiment comme un inédit d’ « Around the world in a day ». Le rappel déconcerte dans un premier temps avec une reprise inattendue de « Space oddity » de Bowie. A peine le temps de s'interroger sur les raisons de ce choix (D’Angelo se reconnaitrait-il dans le personnage du Major Tom, égaré volontaire voguant loin des contingences terrestres ?) que déboule «Brown sugar » dans une version totalement revisitée, en forme d’énorme clin d’œil au Minneapolis Sound des années 80. Final dantesque d’un concert parfois frustrant, fréquemment génial, laissant espérer un retour durable de cet artiste passionnant qui détonne plus que jamais dans le morne paysage musical actuel.

Photos & vidéos (C) GH




jeudi 17 novembre 2011

Incubus, Le Zénith, 17 novembre 2011

Un Zénith en configuration réduite pour le retour d’Incubus à Paris après une longue absence. Le controversé nouvel album semble malheureusement avoir dissuadé une partie de leur public habituel de faire le déplacement. En première partie, Fin évolue dans un registre similaire aux têtes d’affiches, le charisme et les bonnes chansons en moins. Ces jeunes gens ont cependant la bonne idée de reprendre Suds and soda de dEUS, seul moment vaguement marquant de leur prestation.

A 21 heures Incubus démarre son concert avec les pêchus Megalomaniac et Pardon me avant d’aborder les choses qui fâchent, à savoir les titres de leur dernier opus en date qui aura fait grincer les dents de nombreux fans de la première heure. Le combo américain a certes toujours flirté avec la pop la plus mainstream mais il est tout de même douloureux de les entendre se vautrer complaisamment dans la guimauve avec les affreux Promises, promises ou If not now, when ? Sans surprise, ce sont donc les titres plus anciens qui suscitent une forte réaction du public et permettent de retrouver à son meilleur niveau un groupe toujours très impressionnant techniquement. Il y aura au final suffisamment de classiques dans la setlist pour contenter tout le monde et permettre de passer l’éponge sur les quelques fautes de goût de la soirée.



Photos et vidéos (C) GH


mercredi 20 juillet 2011

The Strokes, Le Zénith, 20 juillet 2011


L'accueil globalement mitigé réservé à Angles n'a pas refroidi l'ardeur du public des Strokes, loin de là. Mieux, leur audience semble avoir encore rajeuni, au vu des premiers rangs en partie garnis de kids qui devaient être occupés à regarder les aventures de Dora l'exploratrice l'année de la sortie de Is this it. En première partie les Cribs délivrent un rock bas du plafond joué de façon trop brouillonne. L'inverse en somme du professionnalisme à l'américaine des Strokes, appuyés il est vrai par un son monstrueux et un lightshow conséquent.


Pour apprécier pleinement ce genre de concert il convient de laisser à l'entrée toute envie de spontanéité, d'improvisation ou de délire scénique. Formaté jusque dans les interventions parlées de Casablancas (Paris je vous aime, vous êtes les meilleurs, bla bla bla...) le show n'a pour autre but que d'enchainer tube sur tube sans aucun temps mort avec une efficacité maximale. La setlist piochant dans les quatre albums du groupe démontre par ailleurs que la discographie post-Is this it du groupe vaut bien mieux que ce qu'en disent les mauvaises langues : les Strokes ont un sacré paquet d'excellents titres en réserve et sont capables de les restituer en live de façon totalement convaincante. Certains chipoteront en sortant sur la courte durée de la prestation des New-yorkais, mais la brièveté faisant partie intégrante de leur esthétique sonore (chansons de 3 minutes, albums de 30) cela est au fond parfaitement logique, et souhaitable : c'était un concert en forme d'uppercut, guère subtil mais imparable.


Photos (C) GH

mercredi 24 novembre 2010

Gorillaz, Le Zénith, 23 novembre 2010

Il y a une ironie un brin cruelle à voir Mick Jones arpenter la scène du Zénith guitare à la main, musicien quasi anonyme au milieu de l'armada déployée par Damon Albarn pour la tournée de son supergroupe de pop cartoonesque. Après The Clash, Jones avait essayé au milieu des années 80 de mettre sur pied avec Big Audio Dynamite une formation brassant influences punk rock, hip hop, reggae et électro. Un concept audacieux pour l'époque qui ne s'était pas révélé très probant, artistiquement et commercialement parlant. 20 ans plus tard c'est Damon Albarn en pause de Blur qui décroche la timbale avec ses Gorillaz et leurs albums emballés comme des superproductions cinématographiques. A en juger par le public s'entassant dans une salle pleine à craquer (des beaufs, des branchés, des beaufs branchés, des enfants, leurs parents, des nostalgiques de la britpop, des nostalgiques du rap old school, etc etc...), le vieux fantasme du groupe ultime capable de fédérer toutes les chapelles musicales ne semble pas loin de se concrétiser.

Et le concert dans tout ça ? Hé bien Gorillaz en live c'est un peu comme l'un des ces blockbusters hollywoodiens impressionnant grâce à une débauche de moyens et un casting trois étoiles. On passe deux heures à prendre du bon temps sans arrière pensée, et on en sort satisfait en se disant qu'on en a eu pour son argent. Par contre une fois dans le métro, sur le chemin du retour vers son home sweet home, il est probable que l'on pense déjà à autre chose...

Photos (C) GH