mardi 17 mai 2011

Elysian Fields, le Café de la Danse, 17 mai 2011

Aux ambiances feutrées et mélancoliques du superbe The Afterlife sorti en 2009 succède cette année un nouvel album d'Elysian Fields plus rythmé, presque enjoué, bien que toujours hanté par les thèmes souvent sombres tenant à cœur au duo new-yorkais. Il n'est donc pas étonnant que ce concert à la setlist majoritairement constituée de ces nouveaux titres se pare de sonorités plus électriques que lors de la précédente tournée, même si comme à son habitude la musique d'Elysian Fields se moque volontiers des catégories et des étiquettes, naviguant parfois au sein du même morceau entre rock, jazz, chanson, guidée par la voix toujours renversante de Jennifer Charles et la virtuosité jamais envahissante d'Oren Bloedow. Bataillant avec une guitare acoustique défaillante, Oren raconte que Jean-Louis Murat lui avait un jour déclaré que le public aimait Elysian Fields pour leur statut d'underdogs, de groupe culte un peu obscur et désargenté. Nous nous permettrons de contredire cette affirmation en disant qu'on les aime avant tout pour la beauté vénéneuse de leur art, et en souhaitant qu'un public plus large y succombe à son tour.


Photos (C) GH

samedi 30 avril 2011

Tindersticks, Eglise Saint Eustache, 28 avril 2011

Depuis leur première collaboration sur Nénette et Boni en 1996, il est difficile d'imaginer un film de Claire Denis qui ne soit pas bercé par la musique des Tindersticks, tant le groupe anglais semblait fait pour accompagner les images de la cinéaste, en une symbiose parfaite dont doivent rêver beaucoup de metteurs en scène ayant à l'esprit les mythiques associations Hitchcock/Herrmann, Fellini/Rota, Leone/Morricone... Les Tindersticks reviennent aujourd'hui sur cette facette de leur carrière avec la publication d'un coffret regroupant leurs bandes originales, et une série de concerts majoritairement instrumentaux. L'endroit choisi pour le concert parisien est atypique, et on est saisi en entrant d'entendre Heroin du Velvet Underground résonner dans l'enceinte de l'église Saint Eustache. Puis les lumières s'éteignent et le groupe commence à jouer pendant que défilent derrière lui les images poétiques, sensuelles, parfois dérangeantes, des films de Claire Denis. Bientôt on est happé, fasciné par le côté irréel de l'expérience; sommes-nous au cinéma, au concert, ou en train d'assister à quelque étrange cérémonie, entre sacré et profane ?
La voix grave de Stuart Staples, particulièrement mise en valeur par l'acoustique du lieu, vient nous extirper d'une douce torpeur pour des versions de Tiny tears et Trouble everyday qui collent la chair de poule.
Après 90 minutes passées comme le temps d'un rêve, on ressort de Saint Eustache un peu hébété, seulement habité par la certitude d'avoir assisté à un spectacle hors norme.

mercredi 20 avril 2011

Raphael Saadiq, Le Trianon, 20 Avril 2011

L'idylle entre Raphael Saadiq et le public parisien continue : après avoir écumé la moitié des salles de la capitale pour la sortie de The way I see it en 2008, le voilà qui revient pour deux dates dans un Trianon plein à craquer afin de promouvoir son petit dernier Stone Rollin'. Un album creusant le même sillon soul à l'ancienne mais doté également de titres plus incisifs teintés de rock et de blues, qui se révèlent assez jouissifs en live. Même s'il avance en terrain conquis l'homme que l'on surnomme Ray Ray ne se repose pas sur ses lauriers et mouille le maillot, aidé par un groupe de musiciens pas franchement manchots et des choristes aussi impressionnants vocalement que leur patron.
Avant de quitter la scène Raphael Saadiq s'empare d'un marqueur et passe de longues minutes à signer les albums et places de concerts que lui tendent les premiers rangs ; la classe américaine pour un garçon talentueux qui n'a clairement pas volé son succès.


Photos (C) GH

mercredi 6 avril 2011

The Kills, Le Bataclan, 6 avril 2011

Des adjectifs tels que "moite" et "torride" reviennent souvent pour qualifier la musique de The Kills, mais ils s'appliquent particulièrement bien à cette date dans l'une des salles les moins bien ventilées de la capitale. Ajoutez à cela une foule compacte et chauffée à blanc, une longue attente à peine distraite par une première partie laborieuse, et vous comprendrez pourquoi l'endroit devient une véritable étuve dès le teigneux "No wow" joué en introduction d'un set hélas trop court.
Allison Mosshart va fréquemment se coller la tête près d'un ventilo histoire de se rafraichir les idées pendant que Jamie Hince dégouline de sueur mais reste stoïque et concentré dans son costard noir. Les nouveaux titres confirment tout leur potentiel en live, en particulier "Future starts slow" et son riff de guitare tellement évident que l'on se demande pourquoi personne n'y avait pensé avant. De la classe et de l'efficacité malgré une formule musicale potentiellement limitée, voilà comment on pourrait résumer un duo toujours droit dans ses bottes malgré la hype, les journeaux people et autres pubs branchouilles.

Photos (C) GH

Get well soon Mister Ferry !

vendredi 25 mars 2011

The Boxer Rebellion, Le Nouveau Casino, 25 mars 2011

Voici un groupe qui à lui seul illustre bien la situation de l'industrie musicale en 2011. Avec ses chansons en formes d'hymnes taillés pour les stades, The Boxer Rebellion aurait pu acquérir rapidement une forte popularité avec le soutien d'une major, à l'époque où celles-ci n'étaient pas encore moribondes. Au lieu de ça, leur premier album sort en 2005 dans l'indifférence générale au moment où leur maison de disques met la clé sous la porte et c'est depuis en totale indépendance que cette formation américano-australo-anglaise tente de capter l'attention du public, bénéficiant dans un premier temps d'un énorme coup de pouce d'Itunes mettant en avant leur deuxième opus Union - une attention dont ne peuvent pas vraiment se targuer la plupart des artistes goutant les joies de l'autoproduction. Pas assez hype pour les branchés de la blogosphère, ils ont patiemment réussi à se constituer une fanbase conséquente dans les pays anglo-saxons, mais on est encore loin du conte de fée 2.0, et leur premier concert parisien il y a deux ans se tenait dans un Point Éphémère clairsemé. Aujourd'hui on les retrouve en tête d'affiche dans un Nouveau Casino sold-out, le public français semblant enfin accrocher à leur musique même si avant de les voir remplir Bercy il faudra sans doute attendre encore un peu....
L'occasion en tout cas de constater qu'en l'espace de deux ans ces messieurs ont gagné en aisance scénique. Le dernier album en date, The Cold Still, fait (un peu trop) la part belle aux ballades atmosphériques, mais sur scène le dosage entre titres lents et rock nerveux se montre parfait. A vrai dire ce concert plus que convaincant conforte dans l'idée que The Boxer Rebellion a réellement l'étoffe d'un grand groupe, capable de ratisser large, des amateurs de rock indé au grand public fan de Muse ou Coldplay (désolé pour les gros mots...). Déjà dotés d'un répertoire en or massif, il ne leur manque peut être qu'un peu d'attention des médias pour décoller pour de bon.

Photos (C) GH